CONTEXTE ET JUSTIFICATION

    I. Contexte

  • I.1. Contexte politique

    Depuis son indépendance le 30 juin 1960, la RDC a connu plusieurs périodes d’instabilité politique dues aux conflits armés de 1960-1965, 1996 et 1998-2000 ainsi qu’aux pillages de 1991 et 1993.
    Suite au Dialogue inter-congolais qui a mis fin à la guerre, le pays s’est remis sur la voie de la stabilité politique en 2000; des réformes institutionnelles ont été amorcées en 2001, un référendum constitutionnel a été organisé en 2006 et des élections présidentielles et législatives se sont tenues au cours de la même année. Tout cela a conduit à la reprise de la coopération structurelle et permet d’entrevoir aujourd’hui la possibilité d’organiser un nouveau recensement général de la population et de l’habitat.

    La Constitution de 2006 a institué la décentralisation politique et administrative, en prévoyant le redécoupage du pays en vingt-six provinces. Cette Constitution qui confère plus d’autorité aux gouvernements et assemblées provinciaux notamment pour la planification du développement, rend nécessaire la mise à disposition des données fiables et actuelles à échelle géographique réduite que seul le RGPH permet d’obtenir.

  • I.2. Contexte économique

    La crise de l’économie congolaise a commencé avec les mesures de zaïrianisation de 1973.Les pillages de 1991-1993 et les guerres de 1996 et de 1998-2000 en ont aggravé les conséquences; ils ont eu en particulier pour effet la faible exécution des programmes de développement, le déplacement de milliers de personnes (PNUD/OCHA, 2003) et la baisse de la production dans plusieurs parties du territoire national.
    Le Produit Intérieur Brut réel a ainsi baissé et sur l’échelle de l’indice de développement humain, le pays s’est retrouvé à la 168ème place sur 169 pays [RDC ; ministère du Plan, DSCRP2, 2011].

    A partir de 2002, le taux de croissance annuel moyen du PIB s’est fortement accru : il est passé de 2,9 % à 6,2 % en 2008 [RDC, INS, Comptes Nationaux, 2011].
    Le Programme du Gouvernement pour les années 2012-2016 vise à porter ce taux à deux chiffres et à le consolider de façon durable afin de hisser, dans un délai raisonnable, la RDC au rang des pays à revenu intermédiaire et de préparer les conditions pour son émergence en 2030.

    A cet effet, il a retenu de faire de la statistique, un outil de prise de décision et de l’organisation du recensement de la population, une activité préalable majeure.

  • I.3 Contexte sociodémographique

    Les dernières projections faites par l’INS estiment l’effectif de la population congolaise à 72,8 millions de personnes pour 2010 [RDC, INS, 2006]; cet effectif varie très fortement d’une province à une autre.
    Il passe de 2 millions au Maniema à 10,8 millions d’habitants au Katanga. La proportion des personnes de moins de 25 ans est estimée à 68 % de la population totale du pays [RDC ; Macro International, EDS, 2008].
    Les études réalisées, notamment sur les femmes et les enfants, ont montré que malgré la tendance à la baisse, le niveau de la fécondité reste élevé [RDC ; UNICEF, MICS, 2011 ; RDC ; Macro International, EDS, 2008].
    Le nombre moyen d’enfants par femme est de 6,3 contre 5,1 pour l’ensemble de l’Afrique subsaharienne.


    Le niveau de la mortalité infanto-juvénile est élevé également, soit 158%o en 2010 [RDC ; UNICEF, MICS, 2011] et pourrait ne pas atteindre le niveau visé par l’objectif 4 de la Déclaration du Millénaire pour le Développement [RDC ; UNICEF, MICS 2010]; il montre par ailleurs d’importantes disparités entre les provinces : Avec 910/00, Kinshasa a le niveau le plus bas du pays tandis que le Maniema avec 2100/00, le plus élevé.


    La proportion des femmes analphabètes est plus élevée que celle des hommes : 41 % contre 14 %. Ces proportions varient également sensiblement selon la province et le milieu de résidence : Près de 8 % des femmes analphabètes à Kinshasa contre 61 % dans la province Orientale. Pour les hommes, c’est également à Kinshasa que la proportion d’analphabètes est la plus faible (4 %) tandis que la plus élevée est observée au Nord-Kivu (22 %).

    En ce qui concerne la fréquentation scolaire, l’enquête MICS de 2010 indique qu’en RDC, 75 % d’enfants en âge scolaire vont à l’école primaire. Cette proportion est plus élevée pour les garçons (78 %) que pour les filles (72 %).
    Les disparités sont plus fortes encore entre les provinces pour l’enseignement secondaire. En effet, la proportion d’enfants fréquentant un établissement d’enseignement secondaire est de 64 % à Kinshasa contre 18 % à l’Equateur.

    En matière d’emploi, l’enquête 1-2-3 de 2005 a montré que le taux d’activité général est de 61 % pour l’ensemble du pays, de 68 % en milieu rural et de 51 % en milieu urbain [RDC ; INS, 2008] ; ce qui appelle à la mise en place des politiques ciblées de lutte contre le chômage.

  • I.4 Contexte statistique

    La situation des statistiques en RDC est précaire. Elle est caractérisée par une extrême dispersion de producteurs et une quasi-absence de coordination malgré l’existence du Décret n° 10/05 du 11/02/2010 portant mise en place du Système Statistique National. Les statistiques existantes ont une fiabilité limitée et dans la plupart des cas, elles ne couvrent pas l’ensemble du pays. Il apparaît par ailleurs que deux périodes peuvent être distinguées : celle allant de 1960 à 1989 et la période de 1990 à ce jour.

      * Période de 1960 à 1989:

      Durant ces années, la production statistique était faite essentiellement par l’ONRD (Office National de la Recherche et du Développement) et par quelques directions sectorielles, dont celles de la santé, de l’agriculture, de l’éducation et de l’intérieur (état-civil).
      L’Ordonnance n° 78-397 portant création de l’Institut National de la Statistique a été signée le 3 octobre 1978. Elle donne entre autres comme attributions à cette institution, la collecte, la compilation et l’archivage des statistiques nationales produites en RDC.
      Cette période a été marquée par la réalisation de plusieurs opérations nationales de collecte des données comme le recensement scientifique de la population de 1984, les enquêtes agricoles et les enquêtes sur les budgets ménagers ainsi que par la publication des annuaires statistiques, des comptes nationaux et des indices de prix.

      * Période de 1990 à ce jour :

      Cette période reste marquée par un affaiblissement considérable de l’appareil statistique dû entre autres, aux problèmes suivants, identifiés lors de l’élaboration de la Stratégie nationale de Développement de la Statistique (SNDS) pour les années 2012-2016 [RDC ; INS, 2012] :

    • - Insuffisance des ressources budgétaires, des locaux et des équipements ;
    • - Insuffisance du cadre réglementaire et institutionnel ;
    • - Absence de coordination au sein du SSN ;
    • - Insuffisance des ressources humaines ;
    • - Faible capacité de production et d’analyse des données statistiques ;
    • - Insuffisance des capacités de stockage, d’archivage et de diffusion des données et
    • - Faiblesse de la culture statistique qui se traduit par une demande statistique faible.



    De ce qui précède, il ressort que le renforcement des capacités est la voie à privilégier pour le développement de la production statistique en RDC. La réalisation du deuxième recensement général de la population et de l’habitat est l’une des principales voies qui permettent d’atteindre cet objectif.

    II. Justification du RGPH2

    Le besoin en données sociodémographiques fiables et actuelles se fait donc sentir avec plus d’acuité, surtout depuis la mise en œuvre de la politique nationale de reconstruction et de décentralisation ; disposer de statistiques fiables et détaillées jusqu’au niveau des entités administratives de base est en effet un besoin impérieux à satisfaire. De même, la connaissance de la distribution et de la composition de la population par genre et par âge, celle des niveaux de mortalité, des mouvements migratoires, d’éducation et de fréquentation scolaire, et celle de l’emploi permettent de mieux concevoir et mieux orienter les politiques et programmes nationaux de développement : on ne peut pas planifier ni gérer correctement, sans statistiques sociales, démographiques et économiques fiables.
    Seule l’organisation du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) peut combler le vide prévalant et répondre aux besoins identifiés. C’est dans cette optique que le Gouvernement a signé le 8 août 2009, le Décret no09/32 prescrivant le 2ème Recensement Général.


    Les données de recensement sur la population et l’habitat sont fondamentales pour suivre l’évolution de la distribution spatiale de la population sur le territoire national et ainsi planifier son développement durable. Les informations générées par le recensement aideront le Gouvernement à honorer son engagement pour l’amélioration des conditions des ménages.
    Avec les projections démographiques et l’impact socioéconomique d’une fécondité élevée et partant, de la croissance rapide de la population pour les secteurs tels que l’emploi, l’éducation, la santé, l’urbanisation et l’agriculture qui en découlent, les données du recensement constituent la principale source de données démographiques et socioéconomiques aux niveaux national et local.


    En ce qui concerne le développement durable, les données n’ont leur pleine signification et utilité que quand elles sont disponibles et utilisées au niveau sous-national le plus fin, c’est-à-dire, province, secteur ou quartier, où elles commencent à donner des réponses aux vraies questions de développement qui se posent dans les communautés. En fournissant des données et informations statistiques jusqu’aux niveaux administratifs le plus bas, le recensement est la seule véritable référence pour la planification locale, la bonne gouvernance, la décentralisation, etc.
    En effet, le recensement va permettre de connaître :

    • - L’effectif de population du pays et de chaque entité territoriale, la situation de la femme, ses activités et ses besoins (données nécessaires pour l’objectif 1 du P.A sur le renforcement de l’efficacité de l’Etat) ;

    • - L’effectif de la population active du pays et de chaque entité territoriale, la cartographie de la pauvreté et le nombre d’emplois à créer, notamment pour les jeunes (données nécessaires pour l’objectif 2 du P.A sur l’accélération de la croissance et la création d’emplois) ;

    • - Les informations nécessaires pour adapter la cartographie des infrastructures de base (hôpitaux, écoles, routes) à la distribution spatiale de la population et pour prévoir le positionnement de nouvelles infrastructures (données nécessaires pour l’objectif 3 du P.A sur la modernisation des infrastructures de base) et

    • - Les régions et les groupes de personnes prioritaires pour les programmes d’amélioration des conditions de vie (approvisionnement en électricité et en eau potable), de lutte contre la pauvreté et d’accroissement de l’accès à l’éducation, à la santé et à un logement décent (données nécessaires pour les objectifs 4 et 5 du P.A sur l’amélioration du cadre de vie et le renforcement du capital humain).

     

    Retour à la page d'accueil du RGPH2